• 9 december 2025 6:50 AM

1 décembre 2025

Le lundi 1er décembre 2025, de treize heures à quinze heures, le Salon des Membres du Parlement européen à Bruxelles était entièrement dédié à la finance éthique et à l’avenir de l’économie sociale en Europe. Dans le bâtiment du 60, rue Wiertz, précédée d’un déjeuner, a été présenté le huitième rapport sur la finance éthique en Europe, intitulé « Capital for the Common Good. Ethical banks and the social economy for Europe’s future ».

L’économie sociale, moteur des politiques

Le coup d’envoi a été donné par Irene Tinagli, coprésidente de l’Intergroupe économie sociale au Parlement européen. Elle a esquissé comment la reconnaissance de l’économie sociale est, selon elle, une condition pour que cette forme d’entreprise compte réellement dans les politiques. C’est pourquoi l’Intergroupe travaille, dans ce parlement, à obtenir une place fixe pour ces organisations dans la prise de décision politique. Les modèles qui placent les objectifs sociétaux au centre tout en étant financièrement solides doivent, selon elle, être systématiquement abordés lors de la préparation de nouvelles règles européennes.

Tinagli a fait référence à son travail au sein de la commission spéciale sur la crise du logement, créée début 2025. Cette commission montre clairement comment les initiatives de l’économie sociale répondent directement aux problèmes quotidiens des citoyens, et notamment au logement.

Le logement, une urgence européenne

Dans son intervention, Tinagli a précisé que le logement est au centre de la cohésion sociale en Europe. Alors qu’il était autrefois un pilier de l’État-providence, il est devenu un important moteur d’inégalité. Les prix de l’immobilier et des loyers augmentent depuis des années plus vite que les revenus, surtout dans les villes où les salaires ne suivent pas le rythme du marché.

L’inflation post-crise Covid, avec des coûts de construction et de rénovation plus élevés, a encore accru la pression sur les familles. Dans de nombreuses zones urbaines, une part importante du budget familial est désormais consacrée au logement ; dans de nombreux cas, plus de quarante pour cent des revenus vont aux frais de logement. Entre 2010 et le quatrième trimestre 2024, les prix des logements dans l’Union européenne ont augmenté d’environ cinquante-cinq pour cent, tandis que les loyers ont augmenté de vingt-sept pour cent sur la même période.

Parallèlement, environ seize pour cent des Européens vivent dans des logements surpeuplés. Derrière ces pourcentages se cache une dure réalité : jusqu’à un million de personnes dormiraient chaque nuit dehors. Le sans-abrisme ne touche pas seulement les personnes en situation de vulnérabilité personnelle, mais de plus en plus les familles avec enfants. Ces familles sont souvent invisibles car elles logent temporairement chez des amis ou de la famille, résident dans des centres d’hébergement ou dorment dans leur voiture. Selon Tinagli, cela compromet directement les possibilités de travailler, d’étudier ou de prendre soin de sa santé.

Cartographie d’une crise du logement dans tous les États membres

Depuis février 2025, la commission spéciale sur la crise du logement a systématiquement cartographié la situation dans tous les États membres. Les mêmes schémas apparaissent partout : pénurie de logements abordables, surpeuplement croissant, augmentation du sans-abrisme et écart grandissant entre les prix du marché et le pouvoir d’achat. Pour le Parlement, il est désormais clair qu’il ne s’agit plus d’un problème marginal. L’insécurité logement est devenue une urgence européenne qui touche à la fois les groupes vulnérables et les familles qui travaillent.

Lors d’auditions et de visites de terrain dans des villes comme Barcelone, Vienne, Milan, Palerme et Paris, la commission a vu comment les initiatives locales de l’économie sociale formulent des réponses concrètes. Des coopératives, des associations et des fondations y organisent des modèles de logement alternatifs, des projets de rénovation sociale et des services de proximité. Selon Tinagli, ces exemples pratiques montrent que l’économie sociale offre l’une des pistes les plus tangibles et réalisables pour faire face à la crise du logement.

La finance éthique comme levier

La réunion au Parlement européen a mis l’accent sur ce rôle de la finance. Après les introductions de Teresa Masciopinto, présidente de la Fondazione Finanza Etica, et de María Elejalde Elcuaz au nom du groupe de travail jeunesse de la FEBEA, le chercheur Mauro Meggiolaro de la Fondazione Finanza Etica a présenté le huitième rapport sur la finance éthique en Europe. Ce rapport explique comment les banques éthiques et les fonds d’investissement social soutiennent l’économie sociale, créant ainsi un pont entre les ressources financières et les objectifs sociétaux.

Lors de la table ronde « How finance supports social economy », Federica Ielasi, vice-présidente de Banca Etica, en tant que modératrice, a exposé les principaux constats. Elle a échangé avec Gelsomina Vigliotti, vice-présidente de la Banque européenne d’investissement, le secrétaire général de la FEBEA Daniel Sorrosal, Martin Rohner, directeur exécutif de la Global Alliance for Banking on Values, et Ruth Paserman, directrice des fonds à la direction générale de l’Emploi de la Commission européenne. Social Economy Europe était représentée par sa présidente, Sarah de Heusch. Ensemble, ils ont décrit comment le capital à mission – un financement qui part d’un objectif sociétal – rend possible des projets de logement abordable et de rénovation durable.

Selon les intervenants, les mécanismes de marché classiques constituent souvent un obstacle à de tels projets. Les initiatives de l’économie sociale ne visent pas le profit maximum, mais l’impact social maximum, la viabilité économique étant une condition nécessaire. Pour ce type de projets, des crédits à long terme, des taux d’intérêt adaptés et un accompagnement sont cruciaux. Selon eux, les banques éthiques et les institutions financières sociales occupent ici une position clé, car elles combinent expertise et mandat sociétal explicite.

Utiliser plus intelligemment les fonds publics

Les échanges ont également porté sur le rôle des programmes européens. Tinagli a signalé la révision récente du programme InvestEU, qui donne plus de place au guichet de conseil. Un soutien technique supplémentaire est ainsi disponible pour les projets à petite échelle et pilotés localement, leur permettant d’accéder à des financements européens autrement difficiles à obtenir.

Les participants étaient d’accord pour dire que les pouvoirs publics ne peuvent pas porter seuls la crise du logement. Les partenariats public-privé prennent une autre dimension lorsque les entreprises sociales sont aussi aux commandes. Les objectifs sociétaux y sont centraux, tandis que la durabilité financière assure la continuité. En impliquant explicitement les banques éthiques, les coopératives et autres acteurs de l’économie sociale, les fonds publics peuvent, selon eux, être utilisés plus fortement pour réaliser des solutions de logement durables.

Message de clôture des banques éthiques et de l’économie sociale

La réunion a été clôturée par le président de la FEBEA, Peru Sasia, et Maravilla Abadìa Jover, coprésidente de l’Intergroupe économie sociale. Ils ont souligné que les chiffres sur le logement et le sans-abrisme sont un signal d’alarme, mais montrent en même temps qu’il existe déjà de nombreuses initiatives prouvant qu’une alternative est possible. Le défi des prochaines années réside, selon eux, dans le renforcement et la mise à l’échelle de ces expériences.

Pour les banques éthiques, cela signifie continuer à investir dans des projets qui combinent objectifs sociaux et durabilité écologique avec des structures financières solides. Pour l’économie sociale, la mission consiste à développer des partenariats avec les administrations locales, les gouvernements nationaux et les institutions européennes. Ainsi, le logement pourra refaire partie d’une politique sociale large, au lieu d’être un fardeau de plus en plus lourd sur les épaules des familles.

La présentation du rapport « Capital for the Common Good » montre clairement que la finance éthique et l’économie sociale se rapprochent dans le débat européen. Les échanges à Bruxelles ont montré que le logement n’est plus un dossier technique, mais une pierre de touche de la manière dont l’Europe façonne sa société.

Sources :
Fondazione Finanza Etica
FEBEA
Banca Etica
Banque européenne d’investissement
Global Alliance for Banking on Values
Parlement européen, Intergroupe économie sociale et services d’intérêt général

Andy Vermaut +32499357495