• 8 februari 2026 1:36 AM

9 décembre 2025

Le rôle européen au Soudan au cœur d’une intervention à Bruxelles

Le mardi 9 décembre 2025, lors d’une séance au Parlement européen à Bruxelles, Paulo Casaca a appelé l’Union européenne à définir une ligne claire sur le dossier soudanais. Selon lui, l’Europe ne peut plus se limiter à exprimer sa préoccupation et doit rejoindre activement les efforts diplomatiques des États-Unis, de l’Arabie saoudite, de l’Égypte et des Émirats arabes unis, qui agissent ensemble sous le nom de Quad. À ses yeux, un soutien explicite à la relance d’un processus politique civil au Soudan est indispensable pour enrayer la spirale de violence et l’effondrement progressif des structures étatiques.

Paulo Casaca a étayé son exhortation par une analyse détaillée des événements qui ont suivi le coup d’État militaire du 25 octobre 2021, l’éclatement de la guerre civile le 15 avril 2023 et la manière dont les mécanismes internationaux ont été progressivement démantelés. Il a dressé le tableau d’un pays dont la crise s’aggrave alors que l’attention internationale diminue et que les structures mises en place pour protéger la population ont, pour l’essentiel, disparu.

Une crise prolongée aux conséquences humaines lourdes

Dans son intervention, Paulo Casaca a rappelé que le coup d’État du 25 octobre 2021 a brusquement interrompu la transition vers un gouvernement civil. Ce qui a commencé comme une prise de pouvoir militaire s’est, selon lui, mué en affrontement ouvert entre différents pôles de pouvoir au sein de l’armée, avec des répercussions directes pour des millions d’habitants.

Il a fait référence à des estimations selon lesquelles plus de 150 000 personnes auraient déjà été tuées et environ 12 millions de Soudanais auraient été déplacés à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Cela place la situation parmi les crises humanitaires les plus graves de ces dernières années, alors même que l’attention internationale se porte surtout sur d’autres conflits.

Un chronogramme spécialisé des développements soudanais, autrefois accessible via les Nations Unies, ne l’est plus aujourd’hui, précisément au moment où l’escalade de la violence a atteint son paroxysme. Pour Paulo Casaca, ce retrait d’informations illustre une tendance à détourner le regard, tant sur le terrain qu’au niveau des décisions internationales.

Des sanctions sur le Darfour sous pression

Paulo Casaca est ensuite revenu sur l’historique du régime de sanctions concernant le Darfour. La mission conjointe Union africaine–Nations Unies au Darfour (MINUAD/UNAMID) a pris fin le 31 décembre 2020 et a été remplacée par la mission politique des Nations Unies au Soudan (MINUS/UNITAMS), opérationnelle depuis janvier 2021 dans l’ensemble du pays. Cette mission avait pour objectif de soutenir la transition vers un pouvoir civil et de suivre la situation politique et sécuritaire.

Le 25 janvier 2023, la Cour pénale internationale a informé le Conseil de sécurité des Nations Unies que les autorités soudanaises ne respectaient pas leurs obligations de coopération, en restreignant notamment l’accès aux documents et aux témoins. Deux jours plus tard, la direction militaire soudanaise a adressé une lettre au président du Conseil de sécurité dans laquelle elle exigeait la levée immédiate et inconditionnelle des sanctions visant le Darfour. Dans ce courrier, les dirigeants militaires qualifiaient les critères proposés d’irréalistes et soutenaient qu’ils pouvaient servir à prolonger indéfiniment les sanctions pour des motifs purement politiques.

Au début du mois de février, d’autres messages ont suivi, notamment de la part du Qatar, s’exprimant au nom du groupe des États arabes aux Nations Unies, puis du Pakistan en tant que président de l’Organisation de la coopération islamique, ainsi que de l’Égypte au nom du groupe africain. Ces États affirmaient que les sanctions entravaient la stabilisation du Soudan et gênaient le gouvernement dans ses efforts pour reconstruire ses forces de sécurité et ses services de police.

Paulo Casaca a rappelé que la communauté internationale n’a pas accédé à la demande de suppression des sanctions. Le cadre formel du régime de sanctions est resté en place, mais la situation sur le terrain s’est, selon lui, nettement détériorée. Les violences contre les civils, les pillages, les violences sexuelles et les attaques contre les réfugiés et les personnes déplacées internes restent fréquents, alors même que les instruments pour réagir à ces abus se sont affaiblis.

Une présence internationale en recul au Soudan

Une partie importante de l’analyse de Paulo Casaca portait sur le mécanisme trilatéral réunissant la MINUS/UNITAMS, l’Union africaine et l’organisation régionale IGAD. Ces trois acteurs constituaient le noyau du suivi international et du dialogue politique sur la situation au Soudan.

L’Union africaine a suspendu le Soudan après le coup d’État, comme elle le fait habituellement en cas de changement de pouvoir anticonstitutionnel, tout en continuant à rechercher des voies de retour vers une transition civile. Parallèlement, la base politique et diplomatique d’une présence internationale solide s’est peu à peu érodée.

Avec la résolution 2715 du 1er décembre 2023, le Conseil de sécurité des Nations Unies a décidé de mettre fin à la mission MINUS/UNITAMS à compter du 29 février 2024. Quatorze États membres ont voté pour, la Russie s’est abstenue. Le représentant soudanais Daffa-Alla Osman a remercié le Conseil d’avoir répondu favorablement à la demande de son gouvernement de mettre un terme à la mission. La diplomate russe Anna M. Evstigneeva a soutenu que la mission avait compliqué les relations entre le Soudan et les Nations Unies et qu’elle s’était, selon elle, trop concentrée sur une seule mouvance politique.

D’autres membres du Conseil de sécurité ont présenté une lecture très différente. Le diplomate britannique James Kariuki a indiqué que la fermeture de la mission ne constituait pas l’option préférée de son pays. Le représentant américain Robert A. Wood a mis en garde contre le risque que l’absence de présence internationale encourage les auteurs d’atrocités et augmente la probabilité d’une extension du conflit dans la région. Le diplomate suisse Adrian Dominik Hauri a, pour sa part, rappelé le nombre élevé de personnes déplacées, la dépendance massive à l’aide humanitaire et les avertissements concernant de possibles crimes de masse dans un contexte de quasi-impunité.

Paulo Casaca a souligné que la direction militaire soudanaise avait déclaré le représentant spécial du Secrétaire général, Volker Perthes, persona non grata bien avant la fin de la mission, tout en affaiblissant progressivement la coopération avec les Nations Unies. Peu après la clôture définitive de la MINUS/UNITAMS, les autorités soudanaises ont annoncé qu’elles mettaient également fin à leur participation aux travaux d’IGAD, invoquant une nouvelle fois la prétendue partialité des médiateurs. Selon Paulo Casaca, les dirigeants soudanais, avec l’appui de certains alliés, ont ainsi démantelé les structures qui devaient surveiller la situation des droits humains et accompagner la transition vers un pouvoir civil.

La voie de Djeddah et le Quad comme cadre diplomatique

Dans la suite de son intervention, Paulo Casaca a abordé la voie diplomatique dite de Djeddah. En mai 2023, un accord y a été conclu entre les États-Unis, l’Arabie saoudite, le Soudan et des représentants des factions armées soudanaises. Cet accord devait permettre un cessez-le-feu d’une semaine et faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, avec la possibilité de prolongation si la trêve tenait. Dans les faits, les combats ont rapidement repris et l’arrangement a surtout pris la forme d’une pause de courte durée plutôt que d’un tournant durable.

Les échanges ne se sont toutefois pas arrêtés là. Les États impliqués ont continué à utiliser Djeddah comme cadre de rencontres et de discussions pour tenter de s’accorder sur des questions de sécurité, d’accès humanitaire et de dialogue politique. Le 12 septembre 2025, les États-Unis, l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats arabes unis ont publié une déclaration conjointe sur le rétablissement de la paix et de la sécurité au Soudan. Dans ce texte, ils se désignent explicitement comme Quad, un format de concertation qui occupe depuis une place centrale dans la stratégie internationale vis-à-vis du Soudan.

Selon cette déclaration, les quatre États entendent œuvrer à un règlement négocié impliquant les forces armées soudanaises, d’autres acteurs armés et les forces politiques civiles. Ils se prononcent en faveur d’une meilleure protection des civils et des infrastructures civiles, du respect du droit humanitaire et d’un renforcement substantiel de l’aide humanitaire. La sécurité de la région plus large de la mer Rouge et la lutte contre les menaces transfrontalières posées par des groupes armés y sont également mentionnées. De plus, les pays du Quad affirment vouloir réduire autant que possible la marge de manœuvre d’acteurs qui tirent avantage de la poursuite du conflit.

Paulo Casaca voit dans cet ensemble d’engagements un exemple rare de diplomatie à la fois cohérente et fondée sur une analyse approfondie. À ses yeux, la voie de Djeddah, soutenue par le Quad, constitue aujourd’hui le seul cadre organisé offrant encore une perspective de sortie politique pour le Soudan.

Ce que Paulo Casaca demande à l’Union européenne

Sur cette base, Paulo Casaca appelle l’Union européenne à ne pas rester en retrait. Il plaide pour que l’UE apporte un soutien public au cadre du Quad et qu’elle participe activement à la recherche d’un cessez-le-feu durable et d’une transition politique civile.

Concrètement, il demande un signal politique clair de Bruxelles indiquant que les institutions européennes et les États membres sont prêts à travailler avec les partenaires du Quad à un plan de transition plaçant au centre les droits humains, la responsabilité pour les crimes commis et l’accès humanitaire. Il prône également une pression diplomatique ciblée sur les dirigeants militaires soudanais et sur leurs soutiens extérieurs, notamment au moyen de conditions posées à la coopération et de sanctions ciblées.

Paulo Casaca insiste en outre sur la nécessité de recréer une forme de suivi international. Une nouvelle mission ne doit pas nécessairement reproduire les modèles de la MINUAD ou de la MINUS/UNITAMS, mais il juge indispensable l’existence d’une structure documentant les violations graves du droit humanitaire et apportant un minimum de protection aux civils et au personnel humanitaire.

Enfin, il rappelle que le dossier soudanais touche directement aux intérêts plus larges de l’Europe. L’instabilité au Soudan a des conséquences pour les pays voisins, pour les mouvements migratoires, ainsi que pour la navigation et le commerce en mer Rouge. Pour lui, il s’agit d’un test de la crédibilité de la politique étrangère européenne : soit l’Union choisit d’agir comme acteur à part entière aux côtés du Quad, soit elle se contente de commenter la situation à distance, au risque de voir la crise s’approfondir encore.

Sources :
Communiqué de presse de Paulo Casaca
Paulo Publication – article Substack « Sudan » du 6 décembre 2025
Communication par courriel de Paulo Casaca – Parlement européen

Andy Vermaut +32499357495