
25 novembre 2025
Le lundi 24 novembre 2025, de 15 h 00 à 16 h 30 (heure de constatation), l’ambassadeur du Kazakhstan Roman Vassilenko a expliqué, au Press Club Brussels Europe à Bruxelles, comment son pays navigue entre la Russie, la Chine, l’Union européenne et les États-Unis. Dans la salle de la Rue Froissart 95 – 1040 Bruxelles, des journalistes, des diplomates et des observateurs des politiques publiques étaient présents pour entendre comment le Kazakhstan envisage l’avenir après dix années de coopération étroite avec l’Union européenne.
Entre la Russie et la Chine, avec l’Europe en ligne de mire
Vassilenko a rappelé que le Kazakhstan se trouve littéralement entre les deux plus grands pays du monde. La Russie d’un côté, la Chine de l’autre. Il a lié cette réalité géographique à un choix politique : après plus de trente-cinq ans d’indépendance, son pays opte délibérément pour une ligne de politique étrangère équilibrée et pragmatique, dans laquelle l’intérêt national est central.
Il a souligné que le Kazakhstan est le neuvième plus grand pays du monde en termes de superficie, tandis que sa population tourne autour de vingt millions d’habitants. Vivre à côté de géants comme la Chine et la Russie, a-t-il expliqué, apprend à un pays à quel point la diplomatie à long terme est importante. Selon lui, le Kazakhstan a développé cette capacité pas à pas et l’a mise à profit pour se ménager de l’espace pour ses propres priorités.
Dans ce contexte, il a indiqué qu’en 2024 la Chine est devenue le premier partenaire commercial du Kazakhstan, devant la Russie. En même temps, il a qualifié les États-Unis et l’Europe d’acteurs indispensables pour le développement économique de son pays. À mesure que l’économie kazakhe se développe, la relation avec l’Union européenne reste, pour Astana, un levier important. En particulier dans le domaine des matières premières, où le Kazakhstan dispose de réserves abondantes, l’ambassadeur voit de nouvelles possibilités de coopération avec l’Europe.
Dix ans de partenariat renforcé avec l’Union européenne
La réunion de Bruxelles était consacrée aux dix ans de l’« EU–Kazakhstan Enhanced Partnership and Cooperation Agreement », un accord de coopération élargi couvrant plusieurs domaines de politique publique. Vassilenko a expliqué qu’il souhaitait développer trois axes : dresser le bilan de ces dix premières années, identifier de nouveaux moteurs pour la coopération économique et se projeter vers les priorités en matière de sécurité, de numérisation et de transition verte.
Il a rappelé que le Kazakhstan avait été, à l’époque, le premier pays d’Asie centrale à signer et ratifier un accord aussi large avec l’Union européenne. Cet accord couvre vingt-neuf domaines et constitue, selon lui, un cadre solide pour le travail quotidien entre Bruxelles et Astana. Aujourd’hui, l’Union européenne est le principal partenaire commercial et le principal investisseur dans l’économie kazakhe.
Outre le commerce et l’investissement, il existe, selon l’ambassadeur, un dialogue politique soutenu sur des thèmes tels que le changement climatique et la sécurité régionale. La semaine prochaine, le vingt-deuxième Conseil de coopération UE–Kazakhstan se réunira à Bruxelles. Cette rencontre doit permettre d’examiner la mise en œuvre de l’accord et d’ajuster, si nécessaire, un agenda commun en pleine expansion.
Le commerce, l’énergie et les matières premières comme colonne vertébrale
D’après Vassilenko, la relation économique entre le Kazakhstan et l’Union européenne reste remarquablement solide malgré les turbulences de l’économie mondiale. Les échanges commerciaux entre les deux parties ont atteint environ cinquante milliards de dollars en 2024. Le Kazakhstan représente à lui seul environ quatre-vingt-dix pour cent du commerce entre l’Union européenne et l’Asie centrale.
Depuis l’indépendance, l’Union européenne a investi, selon les estimations, quelque deux cents milliards de dollars dans l’économie kazakhe. Environ quatre mille entreprises européennes y sont aujourd’hui actives. L’ambassadeur a indiqué que le Kazakhstan s’attachait en particulier à améliorer l’accès de ses produits agricoles au marché européen, en plus des exportations plus classiques de matières premières et d’énergie.
Sur le plan énergétique, il a cité des chiffres précis. Le Kazakhstan fournit environ treize pour cent de la consommation de pétrole en Europe et seize pour cent des besoins européens en uranium. Ce qui fait, a-t-il déclaré, du pays un pilier stable du bouquet énergétique européen. À Bruxelles, il a souligné que le Kazakhstan se considère comme un partenaire fiable qui souhaite jouer un rôle prévisible dans l’approvisionnement énergétique du continent.
Le corridor du milieu comme pont entre l’est et l’ouest
Une grande partie de son discours a été consacrée au « Middle Corridor », la route de transport qui relie l’Europe à l’Asie centrale – et au-delà – en passant par le Kazakhstan. Vassilenko a décrit ce corridor comme une voie stratégique dont l’importance ne fera que croître dans les années à venir.
Selon lui, le Kazakhstan veut devenir un pays de transit qui rapproche l’est et l’ouest par le rail, la route et les airs. Il a présenté des projets portant sur treize nouveaux corridors de transport, treize mille kilomètres d’autoroutes supplémentaires, de nouvelles liaisons aériennes et cinq lignes ferroviaires destinées à soutenir le fret entre l’Europe et l’Asie centrale.
La dimension numérique s’inscrit dans cette même logique. L’ambassadeur a évoqué l’ambition de faire du Kazakhstan un État pleinement numérique, où les infrastructures modernes et les services digitaux se renforcent mutuellement. Il a indiqué que le Middle Corridor affiche déjà une forte croissance : le volume de fret, selon lui, a augmenté de soixante-deux pour cent sur un an. D’ici 2028, son pays vise une capacité d’environ dix millions de tonnes par an.
Il a également souligné que le Kazakhstan possède une part importante des matières premières reconnues au niveau mondial comme stratégiques : vingt et un des trente-quatre éléments jugés essentiels se trouvent sur le territoire kazakh. Il y voit de nouvelles perspectives pour une coopération étroite avec l’Europe en matière d’approvisionnement, notamment dans le cadre de la transition énergétique.
Connectivité, politique de visas et contacts humains
Vassilenko a relié logistique et diplomatie en affirmant que de meilleures liaisons contribuent aussi à davantage de stabilité. À ses yeux, le Middle Corridor ne se résume pas aux rails, aux routes et aux ports, mais concerne également les échanges entre les personnes. Il a plaidé pour une mise en œuvre plus rapide des projets prévus, qu’il s’agisse des infrastructures physiques ou de mesures plus souples, par exemple en matière de réglementation et de procédures convenues en 2023.
Le Kazakhstan, a-t-il ajouté, reste disposé à travailler avec l’Union européenne pour faire du Middle Corridor une artère durable du commerce régional. Sur le plan politique, il a évoqué des contacts interparlementaires soutenus, ainsi qu’une coopération en matière d’éducation, de culture et de recherche académique. De telles initiatives doivent, selon lui, consolider encore le partenariat.
Parmi les exemples concrets qu’il a cités figure le projet européen visant à assouplir la politique de visas pour les citoyens kazakhs. Il a qualifié cette intention d’étape importante pour les voyageurs, les étudiants et les acteurs économiques.
Un partenariat mûr tourné vers les dix prochaines années
L’ambassadeur a également décrit la manière dont le Kazakhstan se positionne dans les débats mondiaux sur les guerres en cours et les crises internationales. Il a parlé d’une ligne politique constante et de valeurs qui, selon lui, ont valu au pays le respect de nombreux partenaires. La coopération avec les pays occidentaux, y compris l’Union européenne, reste essentielle, mais elle est, d’après Vassilenko, liée à l’ambition de faire du Kazakhstan un pays prospère.
À la fin de son intervention, il a résumé la relation entre le Kazakhstan et l’Union européenne comme un partenariat mûr et affirmé, fondé sur des valeurs partagées et des intérêts réciproques. Il a exprimé l’espoir que les deux parties continueront, au cours des dix prochaines années, à travailler ensemble à des résultats concrets et à des contacts humains qui maintiennent ce partenariat vivant. De cette manière, le Kazakhstan veut consolider dix ans de coopération renforcée tout en se tournant vers de nouvelles formes de collaboration avec l’Europe.
À Bruxelles, le message était clair : entre la Russie et la Chine, le Kazakhstan cherche activement un point d’appui solide auprès de l’Union européenne, sans rompre ses liens avec ses autres partenaires.

Sources :
Ambassade de la République du Kazakhstan auprès du Royaume de Belgique
Point de presse « Kazakhstan — EU: Where Next After 10 Years of Enhanced Partnership? » au Press Club Brussels Europe
Intervention et explications de l’ambassadeur Roman Vassilenko lors du débat à Bruxelles
Andy Vermaut +32499357495
