• 9 december 2025 7:38 AM

19 novembre 2025

Le mercredi 19 novembre 2025, au Parlement européen à Bruxelles, l’ambassadeur du Kazakhstan auprès de l’Union européenne Roman Vassilenko a présenté le corridor moyen comme une voie de transit qui devient indispensable pour la stabilité et une croissance durable. Lors d’un débat très suivi, intitulé « Strengthening EU-Kazakhstan connectivity: Prospectives and Strategic Potential of the Middle Corridor », les participants ont examiné la manière dont cette route peut consolider les liens entre l’Europe, l’Asie centrale et l’espace eurasiatique au sens large.

Le corridor moyen est un itinéraire de fret qui prend son origine en Chine et traverse le Kazakhstan et d’autres pays avant d’atteindre l’Europe. Pour le Kazakhstan, c’est l’occasion de renforcer son rôle de plate-forme logistique. Pour l’Union européenne, ce trajet s’inscrit dans une recherche plus large de solutions ferroviaires et maritimes supplémentaires.

Le Kazakhstan mise sur un transit plus rapide et plus efficace

Roman Vassilenko a décrit le corridor moyen comme une voie qui diversifie les itinéraires de transport et reflète des principes partagés d’ouverture, de prévisibilité et de coopération entre les États situés le long du tracé. Pour assumer ce rôle, le Kazakhstan revoit en profondeur ses infrastructures.

Le pays modernise ses lignes ferroviaires, augmente la capacité de ses ports et met en place des procédures douanières numériques. L’objectif est de permettre un passage plus rapide des marchandises, avec moins de retards et en conformité avec les normes internationales. L’ambassadeur a indiqué que le Kazakhstan est prêt à travailler en étroite coordination avec l’Union européenne et les partenaires régionaux, afin que les nouveaux axes eurasiens reposent sur la coopération plutôt que sur la rivalité.

Dix ans de partenariat renforcé entre l’Union européenne et le Kazakhstan

Le débat coïncidait avec le dixième anniversaire de l’Accord de partenariat et de coopération renforcé entre l’Union européenne et le Kazakhstan. Pendant cette période, les liens économiques se sont intensifiés et l’Union européenne est devenue le principal partenaire commercial et investisseur du pays d’Asie centrale.

L’Union européenne représente environ 30 % du commerce extérieur du Kazakhstan et quelque 40 % de ses investissements étrangers. En 2024, les échanges entre les deux parties ont atteint près de 44 milliards de dollars américains, soit une hausse d’environ 4 % par rapport à l’année précédente. Les investissements européens se sont élevés à près de 10 milliards de dollars cette même année. Pour les intervenants à Bruxelles, ces chiffres sont directement liés au développement du corridor moyen et à la manière dont les deux partenaires souhaitent organiser leur coopération.

Au-delà des flux de marchandises, les participants ont évoqué le rôle de cette voie dans les échanges d’idées, de culture et de projets économiques. Le Kazakhstan se présente progressivement comme un centre logistique majeur en Asie centrale, tandis que l’Union européenne étudie la place de ce corridor dans sa politique générale de connectivité.

Pression géopolitique et recherche d’itinéraires alternatifs

Le député européen allemand Sergey Lagodinsky, président de la délégation à l’Assemblée parlementaire Euronest, a décrit un environnement géopolitique profondément modifié. La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et les tensions dans d’autres régions montrent que la forte dépendance à une seule ligne ferroviaire au nord, passant par la Russie, ou à un seul passage maritime très sollicité, comporte des risques importants.

Pour l’Europe, a-t-il estimé, la conclusion est claire : il faut disposer d’itinéraires, de partenaires et de choix logistiques plus diversifiés. Dans cette logique, le Kazakhstan et le corridor moyen ne sont plus considérés comme une question périphérique, mais comme un élément d’assurance stratégique pour l’Union européenne. La demande pour des solutions alternatives est déjà présente et progresse, et la question centrale est de savoir si le corridor pourra devenir suffisamment fiable et abordable.

Sergey Lagodinsky a également relié le débat sur les infrastructures à une réflexion plus large. Selon lui, les États doivent choisir entre des trajets opaques, fortement émetteurs de carbone et vulnérables à des décisions politiques, et des corridors organisés de manière transparente, orientés vers une réduction des émissions et intégrés dans un ordre fondé sur des règles. Dans un monde marqué par la guerre et les tensions, le transport entre l’Europe et l’Asie centrale s’inscrit de plus en plus dans le champ de la sécurité stratégique.

Soutien politique et institutionnel à Bruxelles

Le débat était accueilli par le député européen bulgare Ilhan Kyuchyuk, président de la commission des affaires juridiques. Il a décrit le corridor moyen comme une artère de transport qui rapproche les continents sur les plans économique et politique. D’après lui, le développement de cette voie suppose une coopération étroite entre toutes les parties, car des obstacles pratiques et politiques subsistent encore.

Fabienne van den Eede, chef adjointe de l’unité pour l’Asie centrale et l’Afghanistan à la Commission européenne, a rappelé que la connectivité ne se résume pas aux infrastructures, mais repose aussi sur des partenariats de confiance à long terme. Elle a mentionné plusieurs goulots d’étranglement, comme certaines lenteurs administratives et des capacités limitées sur des tronçons précis, et a expliqué que l’Union européenne peut mettre à disposition ses compétences techniques et des instruments financiers pour alléger ces difficultés.

Samuel Vesterbye, directeur du European Neighbourhood Council, a décrit l’impact des tensions géopolitiques sur le commerce mondial et les routes suivies par les marchandises. Selon lui, le corridor moyen peut contribuer à absorber une partie de cette pression. Il a ajouté que cette voie ne doit pas être considérée uniquement comme un lien entre l’Europe et l’Asie centrale, mais aussi comme une structure régionale avec sa propre dynamique.

Financement, sécurité juridique et rôle du Kazakhstan

Le rôle des institutions financières a également été abordé. Jasmin Ploner, principal manager au bureau de représentation de la BERD auprès de l’Union européenne, a renvoyé à une étude récente de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Ce travail souligne que la clarté et la prévisibilité sont essentielles pour le secteur privé. Les entreprises s’engagent fortement dans l’infrastructure et la logistique lorsque les règles sont stables, les procédures compréhensibles et les délais de transit réalistes.

Du côté kazakh, la députée Aigul Kuspan, présidente de la commission des affaires internationales, de la défense et de la sécurité au Parlement du Kazakhstan, a présenté sa vision du rôle du corridor moyen dans les futures relations et les échanges avec l’Union européenne. Elle a décrit cette voie comme une version contemporaine de la route de la soie, capable de favoriser des échanges plus rapides, plus sûrs et plus efficaces entre l’est et l’ouest.

Ancienne ambassadrice du Kazakhstan en Belgique et au Luxembourg, Aigul Kuspan a indiqué que le renforcement des liaisons entre l’est et l’ouest suppose une coopération étroite en matière d’infrastructures, de procédures et d’investissements. Un corridor fonctionnel doit, selon elle, être économiquement viable et respecter des normes élevées en matière de sécurité et de qualité.

Chances et obstacles selon les experts

Le débat était animé par Alberto Turkstra, spécialiste de l’Asie centrale et directeur de projet chez Diplomatic World, un magazine trimestriel et centre de réflexion basé à Bruxelles. Il a mis en avant les perspectives importantes qu’offre le corridor moyen pour le commerce et la logistique entre l’Europe et l’Asie centrale, tout en rappelant l’existence d’obstacles concrets à lever avant que ces perspectives ne se matérialisent pleinement.

Les intervenants ont souligné que des progrès techniques, une meilleure coordination entre États et des investissements soutenus restent nécessaires pour faire de cette voie une artère commerciale à part entière. Dans le même temps, le corridor moyen permet au Kazakhstan de renforcer son rôle de centre logistique régional, tandis que l’Union européenne examine la manière dont cet itinéraire peut s’intégrer dans sa stratégie visant à répartir les risques et à consolider ses lignes de transport essentielles.

La rencontre de Bruxelles, organisée par le groupe Renew Europe au Parlement européen, a rassemblé responsables politiques, diplomates, institutions européennes et centres de réflexion autour d’une question centrale : comment faire du corridor moyen une route fiable, abordable et tournée vers l’avenir entre l’Europe et l’Asie centrale ?

Il n’y a pas eu de conclusion unique, mais un constat s’impose : les décisions des prochaines années détermineront l’ampleur et le profil du corridor moyen. Pour ceux qui suivent l’évolution des relations entre l’Union européenne et le Kazakhstan, les chiffres sont parlants. Près de 44 milliards de dollars d’échanges en une année et une part européenne d’environ 40 % dans les investissements étrangers montrent l’importance de ces choix. La manière dont le corridor moyen sera développé en dira long sur la façon dont l’Europe et le Kazakhstan gèrent leurs relations économiques, leurs préoccupations de sécurité et leurs nouveaux liens à travers l’Asie centrale.

Andy Vermaut +32499357495