• 8 februari 2026 2:01 AM

9 décembre 2025

Conférence au Parlement européen sur la guerre au Soudan

Une conférence consacrée à la guerre au Soudan s’est tenue ce mardi 9 décembre 2025 au Parlement européen à Bruxelles, sous le titre « Sudan in Crisis: Turning Humanitarian Action into Lasting Peace ». Des membres du Parlement européen, des experts, des chercheurs et des journalistes y ont examiné la situation depuis le déclenchement de la guerre, le samedi 15 avril 2023. Au centre des échanges se trouvait la situation de la population soudanaise, confrontée à des violations systématiques des droits humains, à la famine et aux déplacements massifs.

Les débats étaient modérés par Manel Msalmi, conseillère en droits humains auprès du Milton Friedman Institute. Elle a laissé aux différents intervenants l’espace nécessaire pour expliquer à la fois les rapports de force politiques et militaires et les conséquences humanitaires du conflit. Parallèlement, la question du rôle que l’Union européenne peut encore jouer, tant pour accroître la pression sur les responsables que pour renforcer le soutien aux civils, a été posée de manière récurrente.

Acteurs régionaux et réseaux idéologiques

Le journaliste et ancien expert du renseignement Claude Moniquet s’est penché sur le rôle de la confrérie des Frères musulmans et de l’Iran. Selon son analyse, des structures iraniennes fournissent des armes à l’armée soudanaise via la mer Rouge. Ce flux de matériel s’inscrit, d’après lui, dans une stratégie plus large par laquelle Téhéran cherche à étendre son influence en Afrique et à se doter de nouveaux points d’appui.

Moniquet a averti qu’un réseau iranien solidement implanté au Soudan et autour du pays ne constitue pas seulement une source d’instabilité pour la région. À ses yeux, il représente également un risque pour la sécurité de l’Europe, notamment parce que des armes et des milices peuvent emprunter les mêmes routes vers l’espace méditerranéen.

L’ancien député européen Paulo Casaca, fondateur du South Asia Forum, a attiré l’attention sur le rôle du Qatar et d’autres États qui ont soutenu des forces islamistes au Soudan. Il a expliqué que les autorités de Khartoum ont progressivement démantelé les mécanismes internationaux chargés de surveiller leur politique en matière de droits humains. À cet égard, il a cité l’exemple de la mission onusienne UNITAMS, mise en place pour accompagner la transition vers un pouvoir civil, mais affaiblie puis finalement arrêtée.

Conséquences pour l’Europe et appel au soutien

Heath Sloane, Director of Geopolitical Intelligence au sein de l’agence B&K, a montré comment les réseaux islamistes sont devenus un facteur stratégique dans la guerre. L’influence des Frères musulmans et de l’axe entre l’Iran et le mouvement houthi est, selon lui, profondément ancrée dans le conflit et dépasse largement les frontières soudanaises.

Sloane a souligné que la guerre a des conséquences directes pour l’Europe. Les flux de réfugiés mettent les systèmes d’accueil existants sous pression, les idéologies extrémistes peuvent parvenir jusqu’en Europe par des canaux numériques et des réseaux personnels, et des puissances étrangères saisissent l’occasion de s’implanter durablement dans un pays occupant une position clé sur la mer Rouge. Il a appelé l’Union européenne à soutenir activement les acteurs soudanais qui font le choix du pluralisme, tels que les organisations de femmes, les groupes minoritaires, les journalistes et les organisations de la société civile. Selon lui, ces acteurs font partie des rares forces qui travaillent encore à une perspective de participation accrue et de baisse de la violence.

Une voix politique soudanaise réclame la justice

Khalid Omer Yousif, ancien ministre soudanais chargé des Affaires du Cabinet et figure politique de premier plan, a apporté un point de vue venu de l’intérieur du pays. Il a décrit la situation au Soudan comme la plus grande catastrophe humanitaire au monde à l’heure actuelle et a affirmé qu’aucune issue militaire n’est possible. Le cœur de la crise, a-t-il expliqué, réside dans des décennies de domination militaire qui ont systématiquement étouffé la diversité soudanaise et approfondi les divisions au lieu de les réduire.

Yousif a évoqué de graves violations du droit international commises par les deux parties au conflit et a demandé une véritable responsabilisation. L’impunité ne peut pas perdurer, a-t-il insisté, si l’on veut voir émerger un ordre plus stable. Il a estimé que le Sudanese Islamic Movement prolonge la guerre et a plaidé pour que ce mouvement soit reconnu comme organisation terroriste.

Il a également appelé l’Europe à soutenir la feuille de route du format dit « Quad » du vendredi 12 septembre, dans laquelle des partenaires internationaux ont tracé un chemin pour relancer le processus politique au Soudan. Il a demandé un élargissement substantiel de l’aide humanitaire et un soutien à la mission internationale d’établissement des faits, chargée de rassembler des preuves afin que les responsables puissent être poursuivis ultérieurement.

Appel des défenseurs des droits humains à l’Union européenne

Le journaliste et défenseur des droits humains Andy Vermaut est revenu sur la mobilisation de 2019, lorsque des citoyens soudanais sont descendus dans la rue contre les dirigeants militaires. Après la chute de l’ancien régime, l’espoir d’une transition civile était fort, mais cet espoir a été brutalement brisé en 2021 lorsque des dirigeants islamistes et militaires ont repris le contrôle par la violence, les arrestations et les massacres.

Vermaut a décrit comment la guerre provoque aujourd’hui la famine dans de vastes régions du pays, des violences sexuelles à grande échelle et des témoignages de civils asphyxiés après l’usage d’armes chimiques. Du point de vue des valeurs européennes en matière de droits humains et de démocratie, a-t-il fait valoir, l’Union européenne ne peut pas rester spectatrice. Il a demandé l’interdiction des Frères musulmans en Europe, l’isolement diplomatique des acteurs extrémistes qui alimentent la guerre et un accès humanitaire sans entrave aux civils, quelle que soit la région où ils vivent.

Pour les lecteurs et les citoyens en Europe, cela pose la question de savoir dans quelle mesure les institutions européennes sont prêtes à traduire leurs propres déclarations sur les droits humains en décisions concrètes en matière de sanctions, de soutien et de pression diplomatique. Ce qui se discute aujourd’hui à Bruxelles a des conséquences directes pour les femmes, les hommes et les enfants soudanais qui tentent de survivre dans un pays en guerre.

Des images d’armes chimiques pour clôturer la journée

À la fin de la conférence, les participants ont visionné un reportage d’enquête récent d’une chaîne d’information internationale sur l’usage d’armes chimiques par l’armée soudanaise contre des civils. Les témoignages et les images montrent jusqu’où la violence au Soudan a pu aller et à quel point il est difficile pour les victimes de se faire entendre dans les instances internationales.

Cette projection a rappelé que la discussion à Bruxelles ne se limite pas à des analyses en salle de réunion, mais qu’elle est directement liée au quotidien de personnes confrontées chaque jour à la violence, à la faim et à la peur. Pour les décideurs et les citoyens européens, la question est de savoir quelle responsabilité ils veulent assumer à l’égard du Soudan, que ce soit en matière d’accueil, de politique étrangère ou de soutien aux démarches judiciaires.

La conférence au Parlement européen a ainsi laissé l’image d’un pays en guerre, pris entre rivalités régionales, réseaux idéologiques et demandes de justice. Quiconque regarde vers le Soudan y voit aussi un test de la crédibilité de l’agenda européen en matière de droits humains. Les contributions de responsables politiques, d’experts et de défenseurs des droits humains ont montré à quel point les enjeux de sécurité, les considérations humanitaires et le soutien aux forces démocratiques sont étroitement imbriqués. Derrière chaque choix politique se trouvent des vies soudanaises bien réelles, et la manière dont l’Europe réagit aujourd’hui aura des répercussions durables sur l’avenir du pays et de l’ensemble de la région.

La rencontre de Bruxelles montre que la guerre au Soudan n’est pas seulement une tragédie pour des millions de citoyens soudanais, mais aussi un indicateur de la volonté de l’Europe de prendre ses propres valeurs au sérieux. En réunissant des voix de responsables politiques soudanais, d’experts internationaux et de défenseurs des droits humains, il apparaît clairement que les décisions prises au Parlement européen sont directement liées à l’aide alimentaire, à la protection des femmes et des minorités et au recueil des preuves nécessaires à de futures procédures judiciaires. Quiconque suit ce débat voit à quel point les familles soudanaises sont touchées et à quel point cette réalité est liée aux choix effectués ici, en Europe.

Sources :
« Sudan in Crisis: Turning Humanitarian Action into Lasting Peace », Parlement européen, Bruxelles
Reportage d’enquête de France 24 sur l’usage d’armes chimiques au Soudan

Andy Vermaut +32499357495